
La Correspondance
du commerce électronique - n°29
lundi 3 juillet 2000
e-ditorial
Le bourreau et le vaccin
Tout commence par une vilaine missive dans le courrier d'un honorable citoyen helvétique, Olivier Pasteur. Parmi les passe-temps de celui-ci, une passion marquée pour la généalogie le pousse, depuis 1998, à raconter sur son site, Pasteur.net, les aventures de ses illustres aïeux au fil des siècles (une belle et vigoureuse lignée de bourreaux remontant au XVIIe siècle, pour la petite histoire...). L'avocat de l'Institut Pasteur lance là une première salve de menaces à l'encontre d'Olivier Pasteur : «Vous n'êtes pas sans savoir que la dénomination sociale et la marque déposée «Institut Pasteur» comme nom de domaine est illicite. De nombreuses décisions judiciaires ont d'ores et déjà été rendues en ce sens contre des personnes ayant enregistré des noms de domaines comportant une marque déposée»... La menace est claire : fermez ce site que nous ne saurions voir, sous peine de poursuites judiciaires.
Las, le célèbre Institut est tombé sur un os. Après un premier mouvement de recul, Olivier Pasteur se ressaisit et, bien décidé à faire connaître son cas, multiplie les courriers aux journaux et prend contact avec des juristes. «Leur première démarche aurait du être de me contacter directement. Je n'ai pas apprécié cette tentative d'intimidation». Olivier Pasteur publie alors sur son site les premières lettres de soutien qui lui parviennent. «Sans le vouloir, l'Institut m'a fait beaucoup de publicité», sourit-il. Bien évidemment, l'affaire enfle, les journalistes, et les internautes plus généralement, étant friands de ces versions modernes de David contre Goliath. «C'est la médiatisation qui les a fait reculer. Monsieur De Marco (le directeur de la communication de l'Institut) m'a contacté pour reconnaître qu'il y avait eu là une maladresse de leur part. D'autant plus que je remettais les «brebis égarées» dans le droit chemin : il y a un lien direct vers le site de l'Institut sur la page de garde de Pasteur.net», poursuit Olivier Pasteur avec contentement. «L'Internet est assez vaste pour qu'il y ait de la place pour tout le monde. Mais cette histoire est inquiétante pour les particuliers. Comment feront les Martin si la marque Rémy Martin veut faire un site ?».
Une bonne question, d'autant que le cas d'Olivier Pasteur est assez emblématique des abus que l'on voit apparaître de la part de firmes commerciales. Si eToys.com a fini par admettre que la démarche du collectif artistique Etoy était honorable, sous la pression des milliers d'Internautes multipliant les sites de protestation, l'affaire Léonardo n'est pas encore totalement finie. L'Institut financier Léonardo, un pool de business angels vieux de dix ans, a eu, l'année dernière, le toupet de demander des dommages et intérêts à la revue Léonardo. Celle-ci, vieille de trente ans, établit des passerelles entre les mondes artistiques et les milieux scientifiques. Avec passion et talent.
Motif de la plainte de l'Institut : le site de la revue Léonardo apparaît en premier dans les moteurs de recherches, loin devant le leur. Un préjudice intolérable pour leurs activités et une utilisation illégale de leur raison sociale puisque eux, ont eu la sage précaution de déposer le nom Léonardo. Le résultat ne s'est pas fait attendre : la floraison de faux sites Léonardo, créés bénévolement par quelques militants solidaires de la revue, a rejeté le site financier en fond de liste des moteurs de recherches. Et le directeur de Léonardo le financier, longtemps inflexible, commence à parler de médiation devant les dégâts déjà provoqués. Une fois encore, la morale du Net a raison des ambitions démesurées de certains acteurs.